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PS et LR invités à clarifier leur ligne face aux extrêmes après les municipales, Edouard Philippe conforté
information fournie par Reuters 23/03/2026 à 14:15

Réactions aux résultats du second tour des élections municipales de 2026 en France

Réactions aux résultats du second tour des élections municipales de 2026 en France

par Elizabeth Pineau

La bonne tenue des listes de gauche et de droite traditionnelles aux élections municipales en France contraint les partis à ‌clarifier leurs liens avec les extrêmes à un an du scrutin présidentiel où un Rassemblement national (RN) fortifié localement s'annonce comme l'adversaire principal, estiment des analystes interrogés par Reuters.

Vainqueur au Havre, l'ancien Premier ministre Edouard Philippe profite d'une appréciable dynamique pour 2027, ajoutent les politologues au lendemain ​d'un second tour marqué par une forte abstention (43%), l'ancrage du RN dans certains territoires et une percée encore marginale de La France insoumise (LFI).

La gauche unie l'a emporté à Paris, Lyon, Marseille, Lille et Strasbourg tandis que les Républicains de Bruno Retailleau restent la première force en termes de nombre d'élus.

Implanté dans le Sud avec des victoires à Perpignan, Beaucaire, La Seyne-sur-Mer et Carcassonne, mais aussi à La Flèche (Sarthe) et Montargis (Loiret), le RN de Jordan Bardella a perdu ses paris à Marseille et Toulon mais profite du succès de son allié ​UDR Eric Ciotti à Nice, cinquième ville de France.

Victorieuse dans une dizaine de communes populaires comme Saint-Denis, La Courneuve et Roubaix, La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon divise, à gauche, partisans et opposants à toute alliance avec un mouvement accusé d'antisémitisme et de complaisance avec des groupuscules violents.

"Le paysage politique s'est recentré et les grands gagnants de ce scrutin sont ​le Parti socialiste et les Républicains, dans les grandes villes pour l'un et localement pour l'autre", note Luc Rouban, directeur de recherche ⁠au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

"Les extrêmes se pourléchaient les babines à l'idée de gagner de grandes villes - Marseille pour le RN, Lille pour LFI -, mais ça n'a pas marché", ajoute-t-il. "Il y a un rejet des extrêmes de la ‌part des électeurs qui, quand ils le peuvent, préfèrent une solution modérée".

"NI GRAND GAGNANT, NI GRAND PERDANT"

William Thay, président du think tank Le Millénaire, souligne quant à lui les bons résultats de "la gauche de gouvernement, renforcée par des scores bien meilleurs que prévu".

Plus circonspect, Stewart Shaw, du cabinet d'études Verian, ne voit "ni grand gagnant ni grand perdant" mais une "confirmation de la polarisation du paysage politique."

Les listes de gauche ayant fait le ​choix controversé d'une alliance avec LFI ont eu en général des destinées moins heureuses que celles l'ayant refusé ‌comme à Paris, où Emmanuel Grégoire l'a largement emporté sur la candidate de droite Rachida Dati malgré le maintien de la liste de l'Insoumise Sophia Chikirou.

"L'union de la gauche sous ⁠la bannière LFI n'a pas fonctionné, le PS indépendant et autonome a mieux résisté, donc il y a un vrai déplacement du centre de gravité à gauche", dit Stewart Shaw, qui note "la fin de l'hégémonie LFI, malgré sa capacité de nuisance".

Le rejet a été d'autant plus net que la tête de liste était "Insoumise" comme à Toulouse, où le maire divers droite Jean-Luc Moudenc a été réélu malgré un premier tour largement favorable à la gauche.

"Cela montre que le PS ne doit pas faire alliance avec LFI s'il veut conquérir", observe William ⁠Thay.

Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a qualifié ‌Jean-Luc Mélenchon de "boulet de la gauche", tandis que l'eurodéputé Place Publique Raphaël Glucksmann a réclamé une "clarté" synonyme de rupture avec LFI, qui s'estime pour sa part incontournable pour l'emporter face à la droite.

Pour Luc Rouban, ⁠ce qui se joue à gauche "c'est la récupération de l'électorat macroniste, comme Emmanuel Grégoire l'a fait à Paris".

LE "SOCLE" D'EDOUARD PHILIPPE APRÈS SA VICTOIRE AU HAVRE

Dimanche, "le rejet des extrêmes" était sur les lèvres de la plupart des ténors politiques à commencer par Edouard Philippe, qui a parlé ‌d'espoir dans sa ville reconquise du Havre (Seine-Maritime).

"Oui, il y a des raisons d'espérer quand tous ceux de bonne volonté se rassemblent dans un discours de vérité et qu'ils écartent les extrêmes et leurs facilités", a-t-il dit après la victoire (47,7% ⁠des voix) dont il avait fait une condition de son maintien dans la course à l'Elysée.

Pour William Thay, Edouard Philippe a pris un temps d'avance sur les autres candidats ⁠potentiels. "Le socle est réel, il tient debout", dit le politologue de ‌l'ancien chef du gouvernement annoncé en meeting à Paris le 12 avril.

Edouard Philippe "peut rassembler LR, les centristes, les macronistes et même les socialistes pour gagner face à Bardella", estime Luc Rouban.

Face au président d'Horizons, le patron des Républicains Bruno Retailleau joue la carte de l'ancrage ​local malgré l'incapacité de LR à conquérir les plus grandes villes.

"Nous sommes toujours et plus que jamais la première force politique locale", a-t-il dit, invoquant ‌les conquêtes de Clermont-Ferrand, Cherbourg, Brest, Tulle, Limoges, Toulon.

L'élu vendéen candidat à l'Elysée réunira mardi ses troupes pour décider de la suite, en particulier de l'opportunité ou non d'organiser une primaire.

"Le message est le même : quand la droite a été rassemblée elle a été en mesure de l'emporter", a considéré dimanche ​sur TF1 Laurent Wauquiez, président du groupe LR à l'Assemblée.

Après la victoire de la liste sur laquelle il figurait à Tourcoing, le ministre de la Justice Gérald Darmanin a lui aussi parlé d'union dans la perspective de 2027 - mais jusqu'à la gauche républicaine.

"Il faut un candidat uni, un seul candidat de la droite et du centre et peut-être même de la gauche républicaine qui refuse La France insoumise", a-t-il dit. "Nous n'avons pas perdu la présidentielle, il faut juste être à l'écoute des gens".

PAS DE "RAZ-DE-MARÉE" DU RASSEMBLEMENT NATIONAL

Au centre, la victoire ⁠de Renaissance à Bordeaux et Annecy a donné du souffle au secrétaire général du mouvement Gabriel Attal. "Nous doublons notre nombre d'élus", s'est félicité l'ambitieux ex-Premier ministre, qui sortira un livre en avril.

Pour le RN, qui ignore encore qui de Marine Le Pen ou de Jordan Bardella sera candidat à la présidentielle - cela dépendra du jugement en appel dans l'affaire des assistants parlementaires du Front national, le 7 juillet - "se pose la question de savoir s'ils n'ont pas atteint un plafond", dit William Thay.

"Ils sont montés très haut mais depuis les législatives anticipées de 2024 ils n'arrivent plus à progresser", dit le politologue d'un parti "qui a progressé grâce à l'échec d'Emmanuel Macron et des partis de gouvernement mais qui, à part recueillir la colère, n'arrive pas construire un projet pour séduire un nouvel électorat".

Stewart Shaw perçoit "une installation lente et progressive avec 70 maires sous l'étiquette RN mais pas de raz-de-marée à la hauteur de ce qu'ils peuvent représenter au niveau national".

Malgré ses efforts pour adoucir son discours et toucher les classes moyennes, le parti d'extrême droite "n'a pas pour le moment réussi à ​se normaliser complètement", estime Luc Rouban. "Ce n'est pas un parti de notables".

(Reportage Elizabeth Pineau)

4 commentaires

  • 15:57

    Vu que beaucoup à gauche n aiment ni les socialistes , ni les écologistes, ni. .... on s invente un nom qui sent la gauche mais qui permet au candidat de masquer son parti.


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